Un p'ti bout d'hyène ?

Pourquoi "Un p'ti bout d'hyène" ? Impossible de trouver une adresse libre sur blogger avec senegal, monsenegal, ausenegal, etc. Et depuis que Ouseman, notre guide nous a invité chez lui pour mangé un "thiep bou dien", le plat national sénégalais, je fais ce jeu de mot, donc. Et, je précise, le "thiep bou dien", c'est très bon !!




24 décembre 2007

Marc
Hier, ce matin en fait, plus précisément à 4 heures, un minicar est venu nous chercher à l'aéroport de Dakar pour nous déposer à l'Espace Thialy. Nous avons découvert, au travers des phares et de nos yeux fatigués les rues défoncés de la capitale du Sénégal. Nous sommes contents de ne pas avoir à conduire. A cette heure matinale, les rues restaient très animées, selon le chauffeur, c'était parce que nous étions la veille de Noël.



Sandrine
Nous sommes à l'île de Gorée. Il fait 30° et on a oublié la crème solaire. Au levé, soleil blanc, à midi, toujours soleil blanc. A notre arrivée à Gorée, nous sommes assaillis (peut-être attaqués ?) par une horde de "guides véritables certifiés par le gouvernement, officialisés par Dakar, homologués par Gorée..." Finalement nous choisirons le Routard comme guide !




25 décembre

Marc
Ce matin direction le musée IFAN face au bâtiment de l'assemblée Nationale. Le taxi nous fait traverser la ville qui s'est remplie. La route est environs à trois voies dans chaque sens, nous apprendrons plus tard que ce sera le premier autoroute du Sénégal, construit à l'occasion de la Conférence islamique. Comme aucune voie n'est tracée, tout peu se passer, quatre voitures de front, dont un bus jaune et bleu, ceux avec des jeunes accrochés à l'arrière à une porte ballante retenue par une improbable corde. Il peut vous arriver un scooter roulant en sens inverse, puis toute une file de véhicules parce que les voies d'en face sont condamnées temporairement par les travaux. Le flot de circulation peut être séparé par un véhicule en équilibre sur trois roues avec autour des hommes qui ont engagé sur place la réparation de la roue, du cardan, de l'amortisseur ou des trois à la fois. Cette deux fois trois voies est longée par d'incessants travaux commencés mais qui semblent immuables, où tels des Sysiphes, les ouvriers errent le long de la chaussée, imperturbables. Parfois, ils condamnent la file de droite en posant de gros cailloux pour ranger à l'abri des fers à béton, des briques sur lesquelles ils s'assoient pour en faire d'approximatifs inventaires, le tout dans une franche cordialité, échangeant des bonjours avec les chauffeurs qu'ils connaissent -on a d'ailleurs l'impression que les deux millions sept cent mille habitants de Dakar se connaissent tous. Revenons à notre voyage en taxi. Le milieu de cet autoroute en chantier est un creux profond d'au moins 20 cm, ensablé, le bitume neuf s'y perd en une brusque vague, pourtant de nombreux véhicules franchissent cet obstacle, à la vitesse de la tortue que les deux bosses successives autorisent aux amortisseurs fatigués. les taxis aux portes jaunes et ailes noires constituent la grosse majorité du trafic. Les chauffeurs conduisent de façon très coulée, l'état de leur taxi ne permettant pas d'à-coup. Ils se glissent en souplesse dans le moindre interstice entre deux bus délabrés, leur échappement propulsant sa fumée noire nauséabonde directement dans l'habitacle, accompagné d'un vibrato qui masque presque l'autoradio diffusant en boucle la musique de Youssoun Dour.


(...La visite de l'IFAN...)


Le soir nous rencontrons notre chauffeur Ousmane. Nous fixons les derniers détails avec lui et le responsable de l'Espace Thialy, Denis. Départ demain 7h 30 en direction de Saint-Louis.
(...L'espace Thialy, les rencontres...)









26 décembre

le lendemain, jeudi, nous déjeunons à la fraîche sous une belle lumière dans le patio de l'hôtel, sous le bougainvillier multicolore. Ousmane est très ponctuel, nous partirons une demi-heure plus tard le temps de finir les valises, activer les enfants, ou les désactiver, selon..., charger et remercier Denis pour son accueil et ses conseils. Nous quittons Dakar et découvrons que la route vers le nord Saint-Louis et le lac rose vaut celle du sud vers le centre ville.
Nous sommes ravis d'avoir un chauffeur, à la fois pour son expérience de la conduite à l'africaine et sa connaissance du trajet. En effet, nous sommes toujours surpris de le voir changer de route, il n'y a jamais de panneau !

Nous traversons la grande banlieue nord est de Dakar puis les villages se forment, proches puis s'espacent. Toujours la même folie. Des rues étroites encadrées de blocs en parpaing couverts de tôle ondulée qui servent de boutiques aux vendeurs de tout, capots et pièces auto, melons, coiffeur, bazar qui affiche un énorme logo Orange, vêtements, paniers, poissons, artisanat, bazar qui affiche un énorme logo Orange, disques pirates, épicerie, bazar à la façade bleu roi qui affiche un logo TiGÔ, concurrent local d'Orange, et on recommence...
Devant ces boutiques s'agglutinent vendeurs accroupis et clients et badaud debouts. Les femmes sont toutes parées de magnifiques boubous chamarrés et avancent le pas sûr et lent, souvent un lourd chargement en équilibre sur la tête. Les hommes sont plus rarement en habit traditionnel, certains jeunes ont adopté la tenue hip-hop ou le survêtement. Des enfants courent dans tous les sens au bord de la route au mépris du danger, jouant au foot avec une bouteille de plastique vide. Les plus petits accrochés à leur sœur contemplent de leurs yeux curieux, le rire facile, les passagers bizarres que nous sommes, tout blancs au milieu des noirs ! "Toubabs, toubabs !" disent-ils en répondant amusés aux coucous de nos enfants.
Puis les villages s'espacent encore. Les commerces se raréfient et si la route reste étroite, les constructions s'éloignent maintenant d'une bonne dizaine de mètres de la chaussée et les unes des autres, se regroupant en sorte de petits hameaux de 4 à 5 blocs dont un ou deux sont des cases traditionnelles en branchage et en paille sur le dessus, l'ensemble circonscrit par une haie de petits arbustes alignés réunis par une palissade de pailles verticales ou d'un mur de parpaings moulés sur place en ciment ou en terre.
Les activités commerçantes sont plus rares et plus rurales. vente de fruits, de sacs blancs contenant du sel produit au Lac Rose, le riz lorsqu'on se rapprochera de Saint-Louis, toujours pas mal de coiffeurs et l'omniprésence des logos Orange et TiGÔ, l'un des symboles de notre modernité occidentale est devenu une nécessité ici.
Le passage au Lac Rose est succinct. L'eau du lac est rougeâtre et donne cette impression étrange d'une surface rose tirant sur le mauve. L'activité en cette saison de fêtes est restreinte. Quelques bateaux sont au large et l'on voit quelques silhouettes, de l'eau jusqu'au torse qui raclent le sol pour en recueillir le sel. C'est face au lac, entre les monticules de sel grisâtre et la piste que se concentre l'activité. Quelques vendeurs de sel, amis aussi de babioles et tee-shirt souvenir, le Lac Rose étant l'excursion incontournable du touriste sédentaire. Mais surtout de l'autre coté de la piste ou l'on finit la construction d'un enclot qui ne servira pas à parquer un troupeau de zébus mais qui attend les bolides qui viendront finir leur course idiote dans quelques jours !
Nous reprenons notre périple direction St-Louis. Les villages se raréfie encore pour laisser place à une savane et à de nombreux baobabs. C'est abres sont superbes, majestueux et curieux avec leurs courtes branches en forme decones pointus et terminées par quelques feuilles. Nous retrouvons l'animation des villages en arrivant à M'boro. Nous avons tous faim mais le guide ne nous indique aucun lieu pour manger sauf si nous partons en direction de la côte que nous quittions pour retrouver la grande route qui mène à St-Louis. Ousmane va commencer à nous montrer toute l'utilité de voyager avec un chauffeur. Il sait qu'un des collaborateurs de l'Espace Thialy est dans sa famille à M'boro. Il l'appelle et celui-ci lui indique une adresse pour manger. Il nous y rejoindra. L'adresse est bonne, le cadre séduisant, très fleuri et calme. Le patron nous offre du jus de pain de singe, le fruit du baobab, retrouvant dans la couleur beige le paradoxe de cet arbre sans couleur, comme totalement recouvert de poussière pâle. J'apprécierais aussi, plus encore pour être honnète, le gout violent et tonique du Bissap, à la couleur rouge cerise. Je mélangerai aussi les deux boissons pour obtenir le "vinto" et sa couleur magenta.
On nous sert un poisson grillé avec une sauce délicieuse faite d'oignons cuits couverts d'une pâte jaunâtre, nous découvrirons plus tard ce que c'est.... Délicieux avec le riz qui accompagne le poisson et quasiment tous les plats. Les sénégalais mangent le riz comme les asiatiques et accompagnent leurs repas d'un pain français. Régime, régime !!
Nous nous régalons tous sauf Pauline qui ne mange rien. Nous la forçons un peu. Nous apprendrons le lendemain qu'elle a une angine ! Nous arrivons à St-Louis.

St-Louis se présente timidement, du moins en arrivant de Dakar. C'est vrai que je m'attendais à une ville dont la facade serait plus marquée, une sorte de muraille devant l'océan, faite de constructions coloniales tournées le long des quais du fleuve Sénégale, comme une ville occidentale, les quais de Lyon ou de Paris. Mais non, les rues s'enfoncent perpendiculairement au fleuve. Longue langue de maisons basses, vivement colorées, ne montrant que leurs profils et masquées par les huits arches rouillées de l'impressionnant pont Faidherbe, seul accès aux vieux quartiers coloniaux. Pour l'emprunter, trois passages paralelles : Au sud, étroit et inaxessible, une sorte de passage technique, au centre, le passage des véhicules,larges de deux camions et deux mobilettes de front, le revètement fait d'un parquet de longues lattes métaliques glissantes et espacés, un vrai piège pour les nombreux deux-roues motorisés ou non qui l'empruntent. Nous y avons croisé par exemple un père conduisant un vieux scooter rouge d'une main et maintenant de l'autre sa petite fille, probablement de l'age de Clémentine, contre lui. Je me suis dit à ce moment là, comme à beaucoups d'autres, que le prix d'une vie dépend avant tout d'où elle a été conçue. La fatalité semble être la règle qui fasse qu'on survive ou pas. On pourrait aussi analyser ce genre de prise de risque irréfléchie, bien au delà de l'optimisme auquelles on assiste ici pour un jeu supersticieux plutôt que spirituel malgré son contexte religieux, consistant à risquer, tout, souvant sans raison, histoire de savoir ce que son dieu vous a réservé.

Je reviens au pont Faidherbe et à la troisième voie, piétonne celle-ci et que nous suivrons le lendemain. cette longue promenade offre une vue parfaite sur la partie centrale de la ville car elle est bizarement mais judicieusement situé à l'extérieur des arches. L'hotel, réservé depuis Lyon pourtant nous ayant fait faux bond, etaprès avoir visiter de nombreux gites et hotels dans le coeur de St-Louis, même l'auberge de jeunesse, sans résultat, Ousmane nous conduit à l'extrème sud de la langue de barbarie, la partie la plus étroite de la ville entre le petit bras du fleuve et l'océan, dans un hotel qui nous loge dans un bungalow accueuillant. Nous traverserons pour la première fois l'étonnant quartier des pècheurs, entres maisons délabrés et énormes barques colorés, exactement d'où partent celles qu'empruntent les malheureux qui cherchent, encore un jeu dangereux, à rejoindre l'Espagne, puis la France.


Hotel Oasis sur la Langue de Barbarie - St-Louis
Je suis seul à dessiner dehors devant la chambre, il est tard, une lampe m'éclaire, au dessus de la porte à coté de laquelle j'ai posé ma chaise. Un énorme papillon de nuit tape avec obstination dans cette clarté de plastique. Je m'inquiète un peu de le prendre dans la tête, tout juste rassuré par mes lunettes qui m'eviteraient peut-être de me faire éborgner par ce bombardier ! Mais non, il se pose seulement sur mon bras et reste assez de temps pour que j'admire ses motifs africains sable et rouge puis il reprend son vol imprécis vers son leure. Heureusement que Sandrine qui déteste les papillons ne soit pas avec moi !



26 décembre


Visite de St-Louis
Sandrine
Ousmane négocie gentiment avec un jeune cocher pour le tour de la ville en calèche. Le même jeune qui la veille nous avait amené à l'hotêl dont le gérant avait annulé maladroitement la réservation. Nous commençons la visite par les quartiers nord, encore terriblement empreint de souvenirs des temps coloniaux et militaires. Influences portugaises, hollandaises, traite des noirs, marché aux esclaves puis toute l'histoire de Faidherbe qui donnera son nom à de nombreuses places rues et bien sur au pont célèbre. Gouverneur, il habitait une maison toujours debout de laquelle partirait un sous-terrain qui débouchait au marché de la ville. La vsiste se poursuit au fil des rue, magnifiques bougainvilliers retombant le long des barrières en fer forgé, quelques portes ouvertes sur des patios fleuris (maisons qui, à l'époque étaient étudiées pour le marché des esclaves...). Puis nous terminons sur le quartier populaire des pêcheurs, grouillant d'une vie aussi intense le jour que la nuit sans doute.


Marc

Nous finissons en effet cette visite sur cette étroite langue de terre entre le fleuve et l'océan sur laquelle sont installé les Pêcheurs de St-Louis. Après avoir traversé ce qui était encore la ville avec ses rues de plus en plus embouteillées, une cours des miracles dense et mouvante d'enfants de tous ages courrant en tous sens, de femmes portant de lourdes charges sur en équilibre sur la tête, chèvres, moutons, chiens en liberté, camionettes, quelques rares calèches rentrant car il était déjà tard, nous débouchons du coté de l'océan le long du marché au poisson. Moammed notre guide nous propose de nous montrer les préparations qui sont faites sur place avec les poissons. Ousmane ne souhaite pas venir avec nous et nous déconseille de nous y rendre, nous prévenant de l'odeur noséabonde qui y reigne. Sandrine, en pleine forme veut y aller et nous suggerons par contre aux enfanats déjà délicats de ne pas nous suivre (le risque qu'ils ne veuillent plus manger un seul poisson après est trop grand, surtout dans un pays où il représente plus de la moitié de l'alimentation courante). Nous partons donc à pied. Le soleil tardif diffuse une lumière douce contrairement à l'odeur dont nous nous rapprochons. Devant nous des tas de poissons empilés de près de notre hauteur sèchent , recouverts de baches blanchatres raidies par le fumet. Essentiellement des roussettes, de tout petits requins et des raies qui sont vendus sur les marchés asiatiques, les musulmans ne mangeant pas de poissons sans écaille. Nous nous glissons maintenant entre des tables sur lesquelles se décomposent de plus petits poissons. C'est ici que l'odeur est la plus forte. Nous avons du mal à imaginer que la journée de nombreux travailleurs se croisent dans ces allées étroites, les femmes le matin et les hommes le soir. Notre guide nous montre enfin un grand bac semblant incrusté dans le sol rempli d'un liquide, la saumur, totalement opaque, épais comme de l'huile de vidange dans lequel trempent les poissons avant de finir sur ces tables. Tous les poissons, ainsi exposés au fort soleil et à la visite incessante de mouches, jaunissent et se transforme en une poudre jaune ocre comme du curry. "C'est pour faire le yassa, la sauce, vous avez, la sauce avec les oignons" nous explique Moammed. "Hummm, super... heureusement que nous n'avons pas fait venir les gosses, nous, le yassa, on adore, mais maintenant on sait ce qui donne à l'oignon cette saveur particulière !





27 décembre


Parc national du Djoud
Nous quittons l'Oasis le matin pour visiter, au nord est de St-Louis, le parc des oiseaux du Djoud. Premières véritables pistes. Ousmane conduit de façon experte même si nous trouvons cavalier, voire dangereuse, la façon de coller la voiture qu'il souhaite doubler, debout sur le klaxon. Mais, semble-t-il, c'est de tradition, et ça marche, ça passe, juste mais efficace. Parfois nous roulons totalement à gauche si l'état de la piste l'exige. Aurions-nous osé faire de même si nous étions au volant ?
A 9 heures 30 nous changeons de véhicule, la pirogue motorisé va nous conduire au coeur du Djoud, langue d'eau douce côtoyant l'océan, un peu la même géographie que la ville de St-Louis. A peine embarqué, nous assistons à la pêche des pélicans, qui, synchronisés comme un corps de ballet, plongent la tête dans l'eau, et, comme de gros canards, ne laissent plus qu'en l'air leur queue imposante.

S'ils sont ridicules lors de la pêche, leur vol est splendide. J'avais déjà assisté à ce spectacle au bord du pacifique, leurs vols frisant les hautes vagues qui se brisaient sur les plages. Ici, pas d'artifice, seul le vol se laisse admirer. En formation, pas un battement de trop, un coup d'aile à droite pour le chef d'escadrille, le même pour les deux suivant et ainsi de suite. Nous assistons au vol de milliers depélicans qui rejoignent l'étendue rocheuse sur laquelle ils nichent, un rassemblement de plusieurs dizaines de milliers d'oiseaux. Notre périple se poursuit, nous voyons de nombreuses espèces d'oiseaux, de petits crocodiles, l'ombre plus fantasmée que réelle d'un boa. Le guide nous indique "devant, un serpent bois", et l'on ne comprend qu'au bout d'un moment. Après la pirogue, petite marche à pied dans les marais, nous croisons de loin quelques phaco. Maxime passe toute la balade a discuter avec un sénégalais qui est guide dans une réserve que nous visiterons plus tard.

Clémentine nous a accompagné et profite de mes épaules puis de celle de son frère et enfin de celles d'Ousmane. Pauline est malade et est resté dans la voiture avec Sandrine. Sur le retour, un médecin viendra l'examiner dans le restaurant où nous déjeunons. Elle a une angine, probablement causée par la climatisation dans l'avion. Dans la salle de "La fourchette" la télé hurle les dialogues mal postsyncronisés d'une série américaine. Le médecin, attiré par la lumière cathodique, reste le stylo dans le vague, comme s'il repassait son Daloz alors qu'il apprécie comme un gamin les gags énormes qui s'enchaînent dans le vacarme ambiant. Finalement, la visite prend plus de temps que si l'on avait été à son cabinet ! Nous achetons l'antibio, Pauline est mal viré car celui-ci est goût banane.




27 et 28 décembre
Nous passons notre dernière nuit à St-Louis. Nous allons dans un restaurant près de la place Faidherbe. Si la rue dans laquelle donne celui-ci est en terre, l'endroit où nous dînons est très occidental, à part les plantes. Encastrée entre deux hauts murs borgnes, la terrasse qui nous accueille est en dur, une longue marquise suit toute la façade du bâtiment qui abrite les cuisines une salle couverte et les appartements des propriétaires. Clémentine fait connaissance avec leur fille de son âge et ne quittera plus sa chambre de tout le repas. Nous les apercevons par la porte entrouverte. Ousmane [...] nous raccompagne jusqu'à l'hôtel. Nous partons nous coucher, lui reste à discuter avec le barman. Il sait se faire connaître et apprécier auprès des hôteliers. Nous ne saurons pas combien de temps il a dormi mais le lendemain, il est là, en forme. Nous redescendons en direction de M'bour, à l'est de Dakar, puis nous poursuivons en direction de Popenguine, en bord de mer, juste à la lisière de la côte touristique du Sénégal.

Le marabout Serigne Saliou Mbacké, khalife général des mourides, le courant musulman sénégalais le plus important vient de mourir. Ousman écoute à la radio les prières lancinantes et psalmodiés. Nous croiserons sur notre route de nombreux groupes qui attendent les bus pour se rendre à Touba, la ville sainte des mourides. Même le cardinal sénégalais, nouvellement promu, Adrien Sarr fera le voyage. Ousman nous dit que Dakar va se vider dans le week-end. Nous sommes un peu sceptique mais nous lui donnerons raison en lisant la presse. Nous vivons un moment historique.
La route est très animée, la raison en est peut-être ce décès, surtout aux abords des villages, mais je remarque en pleine campagne, le long d'une route qui file droite, sans aucune habitation en vue, sur fond de baobabs, un homme, qui marche l'air décidé, au bord de la route, en veste de costume, chaussures de ville et attaché-case à la main !




Ce soir, c'est la fête à neuneu. Le Sénégal est un pays musulman à 85%. Nous nous retrouvons dans un hôtel de Popenguine, haut lieu touristique pour les sénégalais. Le président y aurait une maison , un chateau fort plutôt sur le haut de la falaise. Les autres touristes qui logent ici sont de bons chrétiens qui viennent passer Noël dans une des rares région à majorité catholique. La bouche pleine de compassion pour les pauvres enfants d'Afrique, la musique religieuse grattée sur une guitare, je pense au film " la vie est un long fleuve tranquille", la tongue moinillone, a essayer de reconquérir quelques ouailles, remotiver les troupes dans un pays qui leur échappe. Triste choix pour des peuples de devoir décider entre deux discours si proches et si asservissant. L'ambiance est curieuse, le village résonne de musique d'église où s'y mêle le soir le chant du muezzin de l'autre partie du bourg.

29 décembre
Sur la route qui nous emmène à Palmarin, nous visitons la réserve d'animaux presque sauvages de Bandia. Je pense que les gazelles doivent s'y connaître en 4x4 ! Je me moque mais le lieu est sympa, comme un immense zoo. De nombreux animaux se font admirer, girafes, buffles, de nombreuses variétés de gazelles, des oiseaux mais la rencontre la plus impressionnante reste celle que nous faisons, après avoir marché quelques minutes au milieu de buissons épineux, tenant nos deux filles par la main. Face à nous, à moins de dix mètres, un rhinocéros broute les rares herbes. Les guides nous demande de ne pas faire de geste brusque et de parler à voix basse. Il y a le couple mais nous ne verrons que le mâle. Belle bête. Après quelques minutes à contempler ce monument préhistorique sur patte, nous rebroussons chemin en souhaitant que celui-ci ne décide pas de nous montrer qu'il sait aussi courir car nous imaginons tous ce que pourrait être la fuite avec ses arbustes aux branches couvertes d'aiguilles longues et coupantes.
Le plus majestueux du spectacle ne viendra pas du règne animal mais végétal. Le parc est en lisière d'une forêt de baobabs, la densité ne correspond absolument pas à l'image qu'un occidental peut avoir de la forêt. Ici les arbres sont espacés d'une trentaine de mètres au minimum. Pourtant, c'est indéniablement une forêt. Le paysage est très plat et malgré cela, on ne voit que des arbres, sur 180° et à l'infini en profondeur avec une perspective atmosphérique très affirmée. Splendide.


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à suivre